Poégraphies séries : Via crucis (Quatorze stations de la passion)
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Via Crucis est un acte dévotionnel, l’expression d’un amour total, se projetant au-delà de sa propre réalité et de ses protagonistes, quels qu'ils soient, pour transcender l’extase, la béatitude, les peines et les ruptures qui le définissent. Un amour entier qui choisit ultimement la lumière d’avoir existé au désarroi de ne plus être. Bruno Green / Lennoxville, Qc / janvier 2025 |
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Via crucis est édité par les édtions QazaQ dans la colection Maison Poésie Brest
en version digitale gratuite à télécharger sur :
Éditions QazaQ / Maison Poésie Brest
ainsi que par Silent Graphics éditions en version livre/papier
disponibles sur notre page Boutique.
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I
Tu es chaleur
De mes entrailles,
Sang de ma vie,
Tu coules
Comme la veine d’or
Déchire le flanc
De la montagne
Vaincue et comblée.
Alors je t’accueille
Pour te faire
Jaillir plus belle encore
Dans cette lumière
Qui n’attendait que toi.

II
Glisse dans ma bouche
Un souffle de toi
En ambre de douceur,
En filet de saveurs.
Je me couche
Sur un rêve
Jamais rêvé,
En travers d’un chemin
Tant redouté.
Je me couche
Sur ton désir
Et il n’est nul ailleurs
Que je veuille atteindre.

III
Des doigts, tiens, miens,
Se cherchent dans la nuit,
Se tordent à la douleur,
Faisant le vœu
D’une étreinte éternelle.
Fugue des mots
Dans l’appel d’air
D’une éternité chaude
Et mammaire.

IV
Berceau de pierre
Pour corps sauvages,
Chambre nuptiale
Pour âmes rompues,
Théâtre d’ombres
À la nuit dansante
Cernés par les regards
De présences multiples.
Des vagues de désir
Saoulent les corps,
Un flux de larmes
Abreuve les cœurs
Caressant le rêve
D’un nouveau matin.

V
Des secondes
En pluie longue
Et sèche,
Jour maigre,
Cieux ingénus.
Au matin,
Une hanche
Et le doigt
De ta chaleur
Dans la paume
De mon désir,
Dans la gorge
Un sursaut muet,
Un regard sombre
Dans les cheveux,
Profond, profond.

VI
Au midi,
Cœur du jour,
Sexes meurtris,
Effluves entêtants,
Tintent des cloches
Pour d’orgueilleux
Soldats de la foudre,
Fantassins du désir
Avec cœurs broyés
Dans l’étau de chair
D’un amour
Intempérant.
Du noyau incandescent
De la vie qui brûle,
Jouir infiniment.

VII
Tocsin redouté,
Au bout de la nuit
Un cadran a vibré.
Pupilles
En éclats,
Chevelure
De reflets,
L’aigreur au ventre,
Des larmes en haut-le-cœur
Puis soudain, l’absence.

VIII
Enveloppe de silence
Sur les yeux brûlants,
Cœur sauvage
Contre les parois.
Pour trace de toi
Une empreinte
Douce et mouvante
Taillée en mes chairs,
Indélébile et vainqueresse.
Noyade dans l’éternité
De chaque minute.

IX
Et l’amour,
Éclipse abyssale
Au bleu de l’âme,
L’enfance, spectrale.
Brume sous le jour,
Au vent des peines,
Voile sur la nuit.
Au nom de quel courage
Faire taire une vie,
Des échardes
Plein le cœur,
Des épines
pour couronne.

X
Court printemps
Fauché dans la lumière
D’un amour enterré vif.
Aux cerisiers
La sève de la vigueur,
Doux pétales
Au vent léger
Contre lourdeur
D’un cœur tranché
Par son milieu.

XI
Au bruit du monde
Confier les débris
Pour voir fondre
Une ultime lueur
Dans le souvenir
D’une prière perdue.
Toutes plaies
Au soleil
Sèche l’affliction,
Spasme sourd,
L’indocile.

XII
Je t’écris
De cette pénombre
Dans laquelle
Il fait si bon
Rêver encore,
De ton ombre
Sur la lune,
Du sang
Qui coule en nous,
De l’enfant
Qui dort en toi.
Je veux gravir le mont,
Je veux porter la croix,
Pour toi, pour toi,
Il n’est nulle
Douleur.
Mourir
En pleine lumière
Avec le sourire
Des innocents.

XIII
Laisse-moi
Te rendre la tendre
Pomme dorée
Pour faire de toi
L’ultime déesse
De mon chemin
De peine.
Éclaire-moi
De ton huile
Tiède et douce,
Et toi, toi!
Libère-moi
De la sécheresse
D’une condamnation
Perpétuelle.

XIV
L’heure est venue
De sauter dans l’esquif
Qui pourrit dans son attente,
De dénouer le lien fragile
Qui le retient encore
Pour franchir le fleuve
Sombre et profond.
Atteindre l’autre rive,
Celle baignée de lumière
Sur laquelle se tiennent
La chaleur de mon âme
Et l’écrin de ton cœur.
Alors la vie s’embrasera,
Gravira les pentes,
Enjambera les gouffres,
Cambrée sous les vents sauvages.
Grondera la fournaise,
Fendront les écorces,
Charbonnera la terre.
Dans l’air rare, présence suave
Des résines fondantes,
Chaque seconde sera braise
Devenant cendre dès la suivante.
Ô formidable mensonge,
Il n’est rien à circonscrire,
Ce n’est pas mourir qui est difficile
Mais vivre vraiment,
Jusqu’à l’ultime seconde.

Les trois volumes de la Trilogie des ports sont édités par les édtions QazaQ dans la colection Maison Poésie Brest en version digitale : Éditions QazaQ / Maison Poésie Brest.
ainsi que par Silent Graphics éditions en version livre/papier disponibles sur notre page Boutique.
