La trilogie des ports : Na sua luz

 

Entre ciel en perpétuelle transformation et puissance d’un fleuve omniprésent, Na sua luz (Dans ta lumière) est une déambulation à travers un dédale de rues et ruelles, d’escaliers et de passages ombreux, dont on peine à reconnaître la cartographie comme celle de la ville qui s'offre ou celle d’une intimité chancelante, dans un récit qui prend le parti de proscrire certains mots à l'exotisme trop avidement anticipé. Comment, au terme de ce dialogue avec la cité, masse minérale olympienne, tantôt accablée d'un feu astral, tantôt otage de déluges dantesques, dire ce qui a été enseigné par le retrait, le manque et l’absence ? Quelle improbable félicité fera que le jour d’après ne ressemblera plus au jour d’avant, et comment renouer des liens dont nous avons tant désiré nous affranchir ?

Bruno Green, Lisbonne - novembre 2016.

Na sua luz est une traversée poétique de Lisbonne, où la ville devient le miroir d’un monde intérieur, théâtre d’une méditation sur le temps qui s’effiloche. Dans une langue dense et musicale, l’auteur mêle observation sensorielle et réflexion existentielle, explorant la fragilité du temps, l’érosion de la mémoire et un désir obstiné de sens. Loin des clichés pittoresques des marchands de tourisme, la ville y apparaît comme une figure ambivalente, à la fois tendre et insaisissable, amante blessée, sentinelle oubliée, sanctuaire de mélancolie, baignée de lumière mais rongée par l’oubli. Entre prose poétique et chronique intime, ce texte s’inscrit dans la lignée de Pessoa, Calvino ou Magris, et affirme une voix singulière, profondément incarnée.

Lecture Critique, Michel Baillargeon - 2025

Na sua luz est édité par les Éditions QazaQ dans la collection Maison Poésie Brest en version digitale,
ainsi que par Silent Graphics éditions en version livre d'art disponible sur notre page Boutique.

Al-Ushbuna, nature immense avec excès de ciel, massive et placide. À mes pieds, ta vieille ville repose, un temps de retard, une tranquillité d’avance. Tes pavés de basalte monochromes dessinent avec douceur les vagues de ma mélancolie, alors que les jacarandas explosent en camaïeux de bleu, de rose ou de mauve ; dans quelques jours, des pas polyglottes et insouciants fouleront un tapis lavande.

Rainha dos mares, tes fragrances ne sont pas celles de tes rivales, tu as parlé toutes les langues, embrassé toutes les croyances. Vigie occidentale, minérale et fluide, convoitée, offensée, bafouée, toujours miraculée, ville d’éternel départ te languissant sur ton mouillage, tu as tant cherché à te détacher du continent qui est le tien.

Aveuglement irisé, la douche luminescente s’écrase en flaques, brûle tout ce qui peut s’oublier d’un jour sur l’autre. Entre quais immobiles de pierre blanche et chape de ciel pur vibrant sur les corps accablés et les esprits frappés d’anopsie, mes plaies cherchent leur assèchement dans ta clarté.

Ta mélancolie nationale est une langue de tendresse et d’amour, un besoin de larmes qui ne trouve pas son chemin, un chagrin paisible sans violence ni éclats. Elle est ciment d’existences que rien ne justifie, mais qui conservent l’espoir de se découvrir un sens, feignant d’ignorer que l’étoffe qui se déroule hors du métier à tisser du temps s’appelle oubli.

Les hirondelles dessinent sur l’azur de larges volutes au son joyeux des cloches de São Cristóvão tintant comme un souvenir ancien. Sous les corsages, les seins défient l’apesanteur, intouchables juvéniles, désir ouvrant sur le vide et la croyance au pouvoir contagieux de la pleine jeunesse, comme si nous était soudainement rendue la terrifiante maîtrise de notre vertige, quand nous pensions avoir usé nos chemins et cédé nos directions à ceux qui marchent dans nos pas.

Continuez le voyage avec Na sua luz sur notre page Boutique.